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Où est mon journal ?

Les éléments fondateurs des lois qui organisent la presse (*) à la sortie de la dernière guerre forment un des piliers de la démocratie et sont toujours de la plus grande actualité : le souci de l’indépendance, de la transparence, du pluralisme.

A cette époque, l’information se confondait avec le journal papier. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas.

Alors, ces principes s’adressent-ils au journal, ou bien à l’information ? La réponse va de soi, il s’agit bien de l’information.

En conséquence, aujourd’hui, au nom de ces grands principes fondateurs, doit-on défendre l’information ? Ou bien le journal papier, à grands renforts de subventions publiques (**) ?

Le modèle économique de la presse vacille. Sans revenir ici sur les  « boulets historiques » de la presse, et tout particulièrement ceux de la presse parisienne (coûts de production, coûts de distribution, …), s’effondrent les socles sur lesquels la filière est bâtie.

Sur son passage, le numérique balaie la presse écrite. Les ventes et les recettes publicitaires diminuent. Les petites annonces ont disparu. Dans la PQR, ce ne sont pas les titres qui disparaissent, ce sont les lecteurs : leur âge moyen devient canonique. Et, surtout, l’information de base est partout et gratuite.

En ouvrant le journal, avez-vous envie de lire une information brute, que vous avez déjà apprise la veille, à la radio, à la télé, sur votre smartphone ou votre tablette, par facebook ou par twitter ? Non, plus personne n’a envie de payer un euro ou davantage, pour lire ce qu’il sait déjà.

On change de paradigme ; on passe de la bougie à l’électricité. Inutile d’innover dans la paraffine : il faut tirer des câbles et installer des ampoules.  Et admettre, une fois pour toutes, qu’une ampoule, ça éclaire mieux qu’une bougie.

De nombreux Cassandre prédisent la disparition du journal. Mais l’activité rédactionnelle a un avenir. Parce que l’information, recherchée, vérifiée, mise en perspective, répond et répondra toujours à un vrai besoin.

Evidemment, le chemin sera ardu. Il y a eu et il y aura des morts. Dans les titres, dans les rédactions (pour la première fois cette année, le nombre de cartes de presse a diminué).

Henry Ford disait que s’il avait écouté les clients, on lui aurait demandé des chevaux plus rapides, et il n’aurait pas inventé l’automobile à la portée de tous. Il appartient aux journaux d’inventer la presse de demain, à partir de modèles totalement repensés, à partir d’un nouvel écosystème.

L’information n’a plus de prix, mais elle a un coût. Créer et monétiser un contenu, y apporter de la valeur ajoutée, l’acheminer vers des canaux multiples, y adjoindre une diversification intelligente assise sur la marque, animer des lecteurs-acteurs, c’est tout un art.

Mais de cet art dépend désormais le sort de ce pilier de la démocratie, tel que rappelé en tête de cet article.

Les pouvoirs publics se trompent lourdement, lorsqu’ils subventionnent les bougies… Sauf si c’est pour faciliter la transition vers l’ampoule.

Une fois n’est pas coutume, faisons ici un peu de publicité. Je rappelle que le cabinet BL accompagne les entreprises, et notamment les médias, dans leurs mutations. Les solutions sont plurielles, à partir de l’histoire et des forces et atouts de chaque entreprise. Contactez-nous, en toute confidentialité.

Un journal, c’est la conscience d’une nation (Albert Camus).

Sic transit mundi.

Jean-Philippe Behr

(*) Je veux ici parler de la presse quotidienne d’information générale. Je reviendrai un autre jour sur les magazines et autres périodiques, pour lesquels la situation et les perspectives sont un peu différentes.
(**) 1,2 milliard d’euros, toutes aides et cibles confondues. Par année, bien sûr. – Source DGMIC/rapport Cardoso

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