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L’innovation n’est pas dans la machine

 

Observer l’industrie graphique paraît peu réjouissant, au premier regard :

–        un secteur ayant dépassé le stade de maturité (globalement : une diminution des tonnages imprimés)

–        un secteur en position de sous-traitance, ne maîtrisant pas la mise sur le marché de produits en propre

–        une atomisation du secteur, composé très majoritairement de TPI/PMI familiales

–        un très fort déséquilibre dans le rapport de forces entre l’entreprise et ses fournisseurs (papetier, fabricant d’encres, constructeur de machines) d’une part, et ses clients d’autre part (éditeurs, grande distribution, etc…)

–        une forte intensité capitalistique, compte tenu des investissements à consentir

–        une situation générale de sur-capacité, de forte intensité concurrentielle, de forte concurrence étrangère, et à faible différenciation.

Sur une filière déjà sinistrée paraissent s’accumuler des menaces dont on ne compte plus le nombre, ni ne mesure la force. Pour n’en évoquer qu’une, citons le glissement progressif d’une partie de la communication imprimée vers le digital : presse quotidienne, catalogues, etc… Et bientôt le livre.

Et pourtant…

Et pourtant, dans tout secteur économique en crise, le changement apporte son lot d’opportunités. Mais cela suppose quitter le (faux) confort de son pré carré traditionnel, et innover.

Dans la lorgnette de l’imprimeur, l’innovation se situe généralement en amont, chez le constructeur de presse, le papetier, le fabricant d’encre.

En réalité, l’innovation ne se trouve pas dans la rotative ou la presse, cette machine dernier cri que l’on achète parce que son confrère vient d’en faire l’acquisition lors de la précédente Drupa.

Innover, c’est passer d’une logique de produits à une logique de services, qui est une offre de solutions à des problématiques de ses clients, et des clients de ses clients.

Innover, c’est passer d’une logique de devis précis et enfermé (cahier des charges rigide, demandes gérables à distance) à une démarche créative de co-conception ou de co-développement avec ses clients, nécessitant des échanges en face-à-face.

Innover, c’est basculer volontairement d’un portefeuille clients concentré sur des gros donneurs d’ordre, vers une variété de clients disparates.

Innover, c’est mettre en place des ressources spécifiques et rares, plutôt que des équipements standards.

Innover, c’est orienter ses compétences internes génériques et peu valorisables, vers des compétences et des savoir-faire spécifiques (aux technologies utilisées, aux types de clients et de problèmes traités).

Innover, c’est passer d’un contrôle organisationnel interne basé sur des procédures et des objectifs rigides, à un contrôle informel et souple, ou une organisation en mode projet.

Innover, c’est nouer de nombreuses collaborations externes, avec vocation à être structurées, des relations pérennes avec ses clients, fondées sur une relation de confiance et de transparence mutuelles.

Innover, c’est réduire l’intensité concurrentielle et profiter du monde qui change pour développer des activités avec facteurs de différenciation potentiellement importants, comportant des coûts de changement de fournisseurs élevés pour ses clients.

Innover, au lieu de se contenter d’une efficacité d’exécution en termes de coûts, de délais et de qualité, c’est asseoir son offre sur l’ingéniosité de la solution.

Innover, c’est dépasser les seules innovations « réactives » d’exploitation, pour s’engager résolument vers l’innovation pro-active, potentiellement radicale du point de vue de son entreprise ou de son marché.

Innover, c’est innover en permanence pour éviter l’écueil de la banalisation des savoirs et compétences.

Innover, ce n’est pas dans la machine…

Jean-Philippe Behr

 

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  1. Loïc Vestidello
    26 octobre 2011 à 10:18

    « J’hésite entre innover et me planter ou ne rien faire et disparaître… »
    Voilà le FAUX « confort de son pré carré traditionnel ». L’innovation génère des risques, mais que l’on peut heureusement choisir, contrairement à l’attentisme.
    J’aimerais ajouter un point sur la description de « filière sinistrée » : hors toutes les problématiques liées purement à nos métiers, l’industrie graphique au sens large évolue dans une SOCIETE !
    Et celle-ci évolue et innove elle-même ! Toute la consommation des particuliers (les clients finaux), que ce soit d’informations, de services ou de produits, est adaptée, personnalisée, instantanée… du moins autant que faire se peut.
    Beaucoup d’imprimeurs n’innovent pas, mais n’évoluent, ne réagissent pas non plus dans leur environnement.
    Je proposerais pourtant une formule à vos critiques :
    Innover = vivre
    Réagir = survivre
    Stagner = mourir.

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